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William Phipps
Ajouté le 07/31/2011 19:09:59 par Pilote_Qc

Une histoire

 

 Deux points de vue


Voici donc deux textes, l'un provenant de L'Encyclopédie Grolier, 1952, et l'autre, rédigé par madame Jeannine Ouellet-Boucher, Rivière-Du-Loup, 1988.

 


version encyclopédique

 

 

 

Phipps,  William (1651-1695).

 

William Phipps, né à Wolwich, dans l'état du Maine, et fils d'un armurier. Devenu capitaine au long cours, il découvrit un navire espagnol naufragé dont la cargaison l'enrichit; il témoigna de tant d'audace et d'énergie qu'il fut promu amiral et créé chevalier. Au début de 1690, les représentants des colonies anglaises d'Amérique, réunis à New-York, décidèrent une grande expédition contre la Nouvelle-France, à la fois par terre et par mer. Winthrop reçut le commandement de l'armée anglo-iroquoise opérant par terre, avec Montréal pour objectif.

 

Sir William Phipps reçut le commandement de la flotte, composée de sept vaisseaux. Il appareilla en mai. Chargé d'attaquer au passage les établissements acadiens, il prit et pilla Port-Royal, dont il ramena la garnison à Boston. Cet exploit souleva tant d'enthousiasme que Phipps repartit, non plus avec sept, mais avec trente-deux navires. Cette flotte imposante mit à la voile le 9 août 1690. Elle remonta le Saint-Laurent, captura l'embarcation de Jolliet à la hauteur d'Anticosti, doubla la pointe de l'île d'Orléans et, le 16 octobre, jeta l'ancre en face de Québec. Frontenac avait organisé la résistance. L'armée de Winthrop, décimée par la maladie, avait rebroussé chemin. Phipps envoya un parlementaire sommer Frontenac de se rendre dans le délai d'une heure. L'ultimatum, rédigé au nom [de Leurs Majestés Guillaume III et Marie, roi et reine d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande], invoquait de prétendues insultes et provocations de la part des Français. Le parlementaire oortit sa montre, pour souligner la précision du délai. Mais Frontenac, qui s'était entouré de nombreux officiers pour donner une impression de force, fit la réponse restée célèbre: [Dites à votre général que je ne connais point le roi Guillaume ... Je n'ai de réponse à lui faire que par la bouche de mes canons et de mes fusils. Ce n'est pas de la sorte qu'on envoie sommer un homme comme moi].

 

Phipps bombarda Québec. Son second, le général Walley, tenta un débarquement à Beauport. Repoussé par les miliciens le soir du 16, il réussit le lendemain. Mais les miliciens harcelèrent les soldats de Phipps, qui retraitèrent dans la vase, à marée basse. En même temps, les canons de Québec endommagèrent les navires de Phipps. Le pavillon du vaisseau amiral fut abattu, repêché par des nageurs et apporté à Frontenac. De nouveaux engagements, les jours suivants, tournèrent à l'avantage des Français, commandés par les frères Le Moyne de Sainte-Hélène, qui fut mortellement blessé, et Le Moyne de Longueuil. Frontenac arrivait lui-même à la tête de trois régiments. Walley et ses hommes se rembarquèrent en abandonnant leurs canons.

 

Frontenac ne disposait pas des forces, et surtout des navires, nécessaires pour exploiter son avantage. Anglais et Français négocièrent un échange de prisonniers et Phipps se retira, avec ses vaisseaux endommagés, après avoir perdu 900 hommes.

 

L'église de la basse-ville de Québec, à peine terminée, reçut le nom de Notre-Dame de la Victoire, en souvenir de ce succès qui sauvait la Nouvelle-France.

 

Phipps attribua son échec au défaut d'entraînement et de discipline de ses troupes; il se rendit en Angleterre pour engager la Cour à lui confier une nouvelle expédition. Il fut nommé gouverneur général des Colonies-Unies, mais ne reçut pas les renforts demandés. Revenu à Boston avec son nouveau titre, en 1692, il entra en conflit avec les autorités locales, se rendit impopulaire et suscita des plaintes qui entraînèrent son rappel en Angleterre. Il mourut à Londres le 18 février 1695.

 


version de madame Ouellet

 

 

 

L'attaque de Phipps en 1690.

 


Fatigués des incursions continuelles des Français dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre, les colons de Boston avaient résolu de frapper un grand coup contre le Canada. Le 20 août 1690, un flotte de trente-deux navires montés par plus de deux mille soldats sous le commandement du chevalier William Phipps quitte son port d'attache. Le 5 octobre, un Abénaquis ayant parcouru la distance Acadie-Québec en moins de douze jours, avertit monsieur Provost, commandant intérimaire , du danger qui menace le pays. Vivement alertée, la population de la Nouvelle-France se met sur la dé fensive. Monsieur de Longueuil [Charles Lemoyne] suit les Anglais depuis l'Ile-aux-Lièvres [en face de Rivière-du-Loup] jusqu'à Québec, faisant tant de feux dans les bois laissant croire ainsi à la flotte anglaise que toutes ces campagnes sont remplies d'Indiens.

 

Averti de l'approche imminente des navires étrangers, le curé de Rivière-Ouelle, monsieur l'abbé Pierre de Francheville, demande à ses paroissiens, une trentaine de colons, de se préparer au combat. Le seigneur de la Bouteillerie, ancien officier, étant à Québec pour servir sous les ordres de Frontenac pendant le siège, c'est le curé de la paroisse qui commandera les miliciens. Laissant de côté la faucille pour le fusil, les braves colons traversent la forêt d'épinettes, de sapins et d'érables de la pointe de Rivière-Ouelle et s'embusquent à l'abri des crans du rivage, là où les embarcations ennemies paraissent vouloir accoster. En silence, ils attendent l'arrivée des six chaloupes contenant cent cinquante hommes. Profitant du moment de confusion du débarquement, le commandement du curé de Francheville provoque plusieurs détonations et une grêle de balles atteint les soldats surpris. Panique générale! Plusieurs d'entre eux tombent morts ou blessés grièvement; les autres, malgré les ordres contraires des officiers, rembarquent et s'enfuient précipitamment.

 

Les noms de ces bons patriotes résidents de Rivière-Ouelle, de la Grande-Anse [Sainte-Anne de La Pocatière et Saint-Roch] et Kamouraska sont donnés par l'abbé Casgrain dans son histoire [Une paroisse canadienne au XVIIe siècle]: François et Joseph Deschamps, fils de monsieur de la Bouteillerie, Robert Lévêque, Pierre Hudon, Charles et Jean Miville, Galleran Boucher et ses deux garçons, Pierre et Philippe, Michel Bouchard et ses trois fils, Étienne, François et Pierre, Pierre Dancosse, Joseph Renault et son fils Joseph, Guillaume Lisot et son garçon Claude, René Hoûallet et quatre de ses enfants: Abraham, Mathurin-René, Grégoire et Joseph, Jean et Noël Pelletier, Jean Lebel et son garçon Jean-Baptiste, Pierre Emond, Mathurin Dubé, Jean Mignot dit Labrie, Jean Gauvin et son fils Jean, Pierre de Saint-Pierre, Nicolas Durand et son garçon Nicolas, François Hautin [Autin], Sébastien Boivin et Jean de la Voye. Quelques Sauvages chassant dans les environs ont du sans doute se joindre à l'expédition.

 

Il est facile de s'imaginer les inquiétudes et les craintes des femmes et des enfants, après le départ des hommes. En apercevant les gros navires mouillés au large, ils pouvaient s'attendre à tous les malheurs: incendie des habitations, enlèvement des bestiaux, destruction des récoltes, captivité, exil, infirmité et perte d'un être cher. Surveillant de temps à autre aux fenêtres, les femmes emballent fébrilement les objets les plus précieux pour les emporter dans les bois si l'approche des ennemis devenait imminente. Déjà, un bon nombre d'effets devaient avoir été mis en sûreté dans des caches pratiquées sous d'épais taillis. Quelques femmes et enfants apeurés s'étaient sûrement rassemblés pour prier. Les bruits peu rassurants de la fusillade devaient les faire sursauter, ce pouvait être le coup fatal pour l'un ou l'autre des êtres chers.

 

L'épouse de notre ancêtre Jean de la Voye, Marie-Madeleine Boucher, avait sans doute rejoint sa mère, emportant dans ses bras son jeune fils Pierre baptisé le 17 mars dernier, s'il fallait qu'un malheur arrive... son mari, son père, ses deux frères, son beau-frère et des amis courent de grands dangers. Chez les Hoûallet, le coeur n'est évidemment pas plus à rire, l'époux de Thérèse Mignot, le fils, les trois beaux-fils, le beau-frère sont là parmi les trente-huit compagnons unissant leur courage pour repousser les colons britanniques de la Nouvelle-Angleterre, envahisseurs.

 

Quel soulagement et quelle joie générale au retour des vainqueurs joyeux et triomphants racontant avec maints détails l'escarmouche, la surprise, la terreur, l'embarquement précipité et la fuite des Bostonnais. Réunis dans l'humble sanctuaire de Rivière-Quelle, l'abbé de Francheville, ses vaillants héros et leurs familles ont rendu grâce à Dieu le remerciant de les avoir, une fois de plus, préservés. Que de piété filiale! Que de gratitude débordante! Que de ferveur incommensurable en ce jour de la victoire!

 

En 1947, deux plaques de bronze à la mémoire du premier seigneur Deschamps et de l'abbé de Francheville sont apposées sur le pont au coeur du village, du côté nord-est de la rivière Ouelle. L'une d'elles porte l'inscription suivante: [En octobre 1690, à l'embouchure de la rivière Ouelle, l'abbé Pierre de Francheville, à la tête de quarante de ses paroissiens, repoussa un détachement de la flotte anglaise de Phipps.]

 

Pendant que la population se remet aux nobles travaux des champs, Phipps et ses soldats poursuivent leur route vers Québec où un autre désastre les attend. Le 16 octobre, l'émissaire du général américain , le major Thomas Savage, yeux bandés, est conduit par des chemins impraticables vers le fort, bousculé par une prétendue foule, toujours la même. À l'envoyé du général, Louis de Buade, comte de Frontenac et gouverneur de la Nouvelle-France adresse fièrement ces paroles historiques: [Dites à votre maître, que je lui répondrai par la bouche de mes canons.] Les batteries françaises commencent le feu, au premier coup de canon, le pavillon de Phipps est abattu et emporté à la nage par des Canadiens, à la vue de toute la flotte ennemie. Après une tentative infructueuse contre Beauport, Phipps tente en vain un débarquement à la côte de Lauzon, repoussé par les habitants des environs accompagnés du missionnaire Philippe Boucher, curé du lieu, cousin de l'abbé de Francheville et fils de l'illustre Pierre Boucher, seigneur de Boucherville. Ce dernier, homme célèbre qui a laissé sa marque dans la région des Trois-Rivières était fils de Gaspard Boucher arrivé en Nouvelle-France en même temps que Marin, venus de Saint-Jean de Mortagne au Perche et possiblement frères ou cousins... Les nuits de plus en plus froides, cinq centimètres de glace un soir, pressent le chevalier Phipps qui, vu les circonstances défavorables, ne tient pas à hiverner dans le Saint-Laurent, à négocier l'échange des prisonniers les 23 et 24 octobre. Enfin, la flotte assiégeante reprend la route de Boston après avoir bombardé Québec pendant un siège de neuf jours, à la lueur des feux de joie allumés tout le long des rives du grand fleuve.

 

Malheureusement, la guerre n'apportait pas que la gloire. Obligée presque constamment à la défensive, la colonie souffre tous les maux d'un pays envahi. En 1690, l'années de la victoire sur Phipps, la famine effraie encore plus que la guerre, les Iroquois ont empêché semences et récoltes; les vaisseaux transportant les ravitaillements n'ont pu trouver passage vers Québec; dans les magasins, ni farine, ni vin, ni eau-de-vie, ni rafraîchissements, ni marchandises d'aucune sorte. Les trois années suivantes, les mêmes misères, les mêmes disettes se succèdent. En 1692, un fléau, celui des écureuils roux, devient une manne tombée du ciel. Aussi, la même année, Frontenac dira que l'anguille est la manne de l'habitant.

 

Par un heureux hasard, j'ai trouvé [Une page oubliée de notre petite histoire] publiée dans [Le Canada Français], juin 1936, s'intitulant [La descente des Anglais à la Pointe de Rivière-Ouelle] de Mme E. Croff, Price, Matane [une Ouellet, semble-t-il!]. J'intercale ici, ce texte si poétique et tout à fait savoureux. J'ose espérer qu'il s'agit non pas d'une légende mais d'une tradition orale ayant traversé les siècles, transmise de génération en génération.

 

[Septembre touche à sa fin. Ce mois chanté avec amour par les poètes de tous les pays est, certaines années, chez nous, le prolongement d'un été qui nous quitte à regret. La douceur attiédie des rayons solaires met une note joyeuse dans la nature fatiguée des midis d'été. La brise plus caressante passe comme un zéphyr à travers la ramure sombre et touffue de la forêt. Une à une, lesfeuilles se sont teintes de pourpre, de safran et d'or. Lentement, elles se détachent, tournoient un instant dans l'espace tels des papillons légers, puis elles tombent sur le sol, offrant une couche moelleuse au voyageur surpris par l'ombre grandissante.

 

Cependant à cette heure où le jour a fui, le soldat que nous voyons s'avancer dans la forêt ne prête aucune attention à la beauté du paysage qui l'environne. Parti de l'Anse de Sainte-Anne au coucher du soleil, il avance à pas feutrés, surveillant les alentours, s'arrêtant au moindre bruit. L'ombre toute enveloppée de mystère favorise son projet. Bien que l'inquiétude se lise sur ses traits, il n'en continue pas moins à franchir à grandes enjambées la distance qui le sépare des premières habitations sises à l'orée du bois.

 

Ce militaire, envoyé de Frontenac, est chargé d'une mission pressante: une flotte de trente-quatre vaisseaux de guerre s'avance dans les eaux du Saint-Laurent dans le but de s'emparer de Québec. Vraisemblablement, les Anglais tenteront un débarquement à la Pointe de la Rivière-Ouelle... Les colons avertis n'ont qu'à s'organiser pour recevoir ces Messieurs.


***


- M. de Frontenac croit que les Anglais nous feront une visite?

Demande René Ouellet, après avoir offert au soldat à se restaurer.

 

- Ils débarqueront sûrement, reprend le militaire. Ils croient que tous les hommes sont sous les armes. Ils s'imaginent pouvoir facilement s'emparer de toute la côte...

 

- Nous sommes un peu là, nous autres... de dire les cinq garçons du maître de céans.

 

Jetant un regard surpris sur ceux qui viennent de parler, le soldat ne put s'empêcher d'admirer ces paysans aux épaules larges, à la mine décidée.

 

- Ce sont mes cinq fils, reprend non sans une pointe de vanité René Ouellet; vous pouvez constater qu'ils n'ont pas froid aux yeux...

 

- Vous avez droit d'être fier de ces gaillards, répliqua l'envoyé de Frontenac; je crois qu'avec seulement une trentaine de gars comme ceux-ci, nous viendrons à bout de ces satanés Anglais qui ne s'attendent guère à une riposte de notre part...

 

- Allons maintenant prévenir M. le Curé.

 

La nuit était tout à fait venue. Les garçons, en éclaireurs, prirent les devants. À chaque maisonnette bâtie un peu au hasard, à la lisière du bois ou sur un coteau, un de ces jeunes arrêtait et prévenait les hommes. La caravane augmentée de plusieurs unités arriva bientôt au manoir seigneurial [Cette demeure était située sur l'emplacement de l'église actuelle] où résidait le curé, M. de Francheville.

 

Parmi ces braves [Ces colons venaient de Rouen et de Dieppe. Ils avaient été choisis avec soin par M. de la Bouteillerie, premier seigneur de l'endroit. L'établissement commencé en 1672 était destiné à devenir l'une de nos plus florissantes paroisses agricoles.], outre René Ouellet et ses fils, on remarquait Robert Lévesque, Pierre Hudon, Charles et Jean Miville, Galleran Boucher et ses fils Pierre et Philippe, Michel Bouchard et ses fils, Étienne, François et Pierre, Pierre Dancosse, Guillaume Lissot et son fils Claude, Jean Pelletier, Jean Lebel, Mathurin Dubé, Nicolas Durand, Jean de Lavoye, François Austin, Pierre de Saint-Pierre, Pierre Emond, Jean Mlgnot dit Labrie et quelques autres. Les fils du seigneur, François et Joseph Deschamps, s'unirent à ces braves et tous attendirent avec émotion dans la grande salle du manoir, l'entrée de M. de Francheville.

 

Le curé avait une allure martiale; il était aimé de ses paroissiens pour sa franchise toute d'une pièce, sa profonde piété et les grands services qu'il leur rendait presque chaque jour. Il ne se fit pas attendre longtemps. En quelques mots brefs, le militaire rendit compte de sa mission, exposant les craintes au Gouverneur sur l'attaque des Anglais.

 

Nous avons, je crois, suffisamment de munitions, reprit M. de Francheville. Si tous ces braves qui m'entourent suivent bien mes instructions, Messieurs les Anglais trouveront que nous savons jeter [de la poudre aux yeux].

 

On applaudit ce bon mot du curé puis à la lueur tremblante des chandelles, on tint le conseil de guerre. Tous seraient aux aguets, les jeunes se mettraient en faction, guettant le débarquement de l'ennemi.

 

-  Mes amis, leur dit le curé, vous devinez facilement ce qu'il adviendrait de vos maisonnettes si les Anglais n'étaient pas repoussés... Ils brûleront et briseront tout sur leur passage et vous serez passés au fil de l'épée ou faits captifs. Attendons-les de pied ferme. Nous avons dans les crans du rivage un asile sûr d'où nous pourrons tirer sans qu'ils aient même le temps de riposter et quand même ils en auraient le temps, leurs balles ricocheront sur les roches.

 

Ces gens, habitués pour la plupart, aux coups de feu, étaient heureux de se mesurer de nouveau avec l'ennemi avoué de leur patrie; aussi l'enthousiasme régna-t-il tout le temps que dura ce conseil de guerre en miniature.

 

Au point du jour, ils retournèrent à leurs maisonnettes préparer leurs familles aux événements probables. Puis, armés, les uns d'une arme à feu, les autres de fourches et de bâtons, ils se rendirent au poste désigné par le curé.

 

Il est facile d'imaginer l'inquiétude qui avait envahi le coeur des mères et des épouses de ces braves. En femmes héroïques, elles surent taire leurs appréhensions; elles continuèrent à vaquer à leurs occupations habituelles et remplacèrent [leurs hommes] pour les travaux du dehors, attentives au moindre bruit que leur apportait le vent du large.

 

***

 

La flotte anglaise parut bientôt vis-à-vis de la Rivière-Ouelle. Les trente-quatre vaisseaux ancrés au large semblent d'énormes oiseaux de mer n'attendant qu'un signal pour reprendre leur marche en avant. Les colons embusqués dans les rochers du rivage ne perdent pas un mouvement. Après plusieurs heures d'attente, ils voient mettre deux chaloupes à la mer. Chacun serre alors son fusil plus étroitement et attend l'ordre de faire feu. M. de Francheville et tous ces braves ont les yeux tournés vers ceux qui viennent et dont pas un ne doit penser à l'accueil qu'il recevra.

 

Dès que le premier canot est à la portée de fusils, l e commandement: [Feu!] retentit de nouveau. Cette seconde décharge est aussi meurtrière que la précédente. Seuls, deux soldats anglais sont épargnés et se hâtent de fuir. Les occupants de l'autre chaloupe, pris de panique, rebroussent chemin sans demander leur reste.

 

Cet exploit remplit de bonheur nos braves colons. Habitués au métier de soldat, puisque plusieurs d'entre eux l'avait exercé avant de se livrer à la culture du sol, ils ne craignaient pas une rencontre avec l'ennemi. Ils n'eurent pas l'avantage de se mesurer avec les soldats de Phipps en cette circonstance, car la flotte anglaise levait l'ancre quelques heures après cette descente malheureuse.

 

Plus tard, quand ils apprendront la fière réponse de Frontenac, les braves de la Rivière-Ouelle pourront dire avec un peu de vanité: [Notre curé en aurait dit autant].

 

Bien souvent dans la suite, par les soirs brumeux, à la lumière tremblante de la chandelle ou de la [colombe de fer] qui leur servait de lampe, les vieux racontèrent à leurs petits-enfants cet exploit de leur jeunesse. D'âge en âge, cette histoire s'est répétée. Elle est devenue chez nous une de ces choses exquises que l'on redit encore à la veillée.]

 

fin

 

 

 

 

Mots-clés: William Phipps Canada Rivière Ouelle



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Visionner 1 - 1 de 1 Commentaires

De: Pilote_Qc
08/17/2011 07:42:59

Bien dit blaqui, [Les véritables héros de cette histoire] et de celle d'aujourd'hui sont nos pionniers de l'époque et ceux d'aujourd'hui, osant s'établir dans des régions encore inhospitalières, de notre belle Laurentie.


 


Salut,


Pilote_Qc 







*** Planète Généalogie ***