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Tragédie au Laurier Palace, 1927
Ajouté le 08/21/2009 15:30:00 par lisejolin

Un tout nouveau cinéma est inauguré en 1912 dans un quartier populaire francophone de Montréal.  Le Laurier Palace est situé au 1663 de la rue Ste-Catherine Est, côté Nord, entre Dézéry et St-Germain, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Il est tout près du poste de pompiers No. 13.

 

Le Laurier Palace fait partie d’une petite chaîne de cinémas montréalais, avec le Dominion, le King Edward et le Cinéma Maisonneuve.  Elle est gérée par la famille Lawand.

 

 

Malgré son nom, ce théâtre de 786 places est loin d’être un palace. Les fauteuils sont à dossiers de bois.  Un balcon en forme de fer à cheval destiné aux enfants, contient 300 places.  De là part un étroit escalier tournant.  Ce dernier est en bois lui aussi et un palier rattache les deux parties qui vont de part et d’autre en  sens inverses.  C’est cet escalier situé à deux pas de la rue qui a agit comme une souricière.  

 

 

Intérieur du Laurier Palace après l’incendie

 

 

Le frère Robert Montcalm, alors enfant, doit la vie sauve à ses modestes ressources financières.  « Ma mère ne m’ayant donné que cinq sous, je ne pouvais pas aller au cinéma ce dimanche.  C’est donc en allant acheter un cornet de crème glacée que j’ai vu l’incendie ». 

 

 

 

Dimanche, 9 Janvier 1927

 

Comme à tous les dimanches matins, le cinéma est bondé.  Pour la modique somme de dix sous, les enfants peuvent assister à une représentation. Aujourd’hui 9 janvier 1927, les enfants rient aux aventures cocasses du film comique  américain « Prends-les-jeunes" (Get'em Young). 

 

Olivier Racette, 13 ans, demeure au 1731 est, rue Notre-Dame, à l’angle de la rue Dézéry.  Lorsqu’il obtient le dix sous de sa mère, vers 13 heures seulement, il court au théâtre et monte au balcon. 

 

Il est treize heures quarante-cinq.  Pendant qu’on en plein spectacle, une légère fumée semble s’échapper du plancher. Avec des extincteurs, deux employés du cinéma s’attaquent à ce qui leur semble être le foyer d’incendie.  Des placiers essayent d’apaiser les enfants : « ce n'est rien, ça ne durera pas! » 

 

Malgré la recommandation de rester en place, Olivier Racette remet son paletot, sa casquette, et prend l’escalier pour sortir quand même.  On enfonce une planche, la fumée et les flammes s’en échappent.  Suite à l’explosion d’un calorifère, Fernand Cormier, est gravement ébouillanté  mais survit au drame. Il en est quitte pour un séjour de sept mois à l’hôpital.

 

Un enfant cri « Au feu!». Les spectateurs du rez-de-chaussée quittent précipitamment les lieux.  C’est la panique au balcon. En peu de temps, une épaisse fumée envahit les spectateurs.  On ne voit pas à dix pas.  Les enfants courent pêle-mêle vers l’escalier, à la noirceur sans savoir où ils vont.  Une fillette trébuche sur le premier palier.  Une centaine d’autres enfants  trébuchent,  tombent et  s'empilent derrière elle.  Ce n'est qu'après un long moment que les lumières s’allument et les portes de déverrouillent.  Il est déjà trop tard.  L'incendie  qui est en lui-même de seconde  importance, fait soixante-dix-sept  innocentes victimes, asphyxiées, piétinés.  L’âge varient de quatre ans et demi à dix-huit ans et les trois quart ont moins de quatorze.

 

 

Le 10 janvier 1927, lendemain du drame

 

 

Selon les dernières constatations, il semble qu’Olivier Racette a été le dernier enfant du balcon à sortir vivant du Laurier Palace.  Sorti sans encombre, il est tout de même resté marqué par le drame.  « Pendant plus d’un an, à chaque dimanche, le curé a répété que ce ne serait pas arrivé si les enfants étaient allés aux vêpres (l’office de l’après-midi) plutôt qu’au cinéma. »

 

 

Les sauveteurs

 

Les pompiers arrivent vite sur place.  Ils percent un mur, puis ouvrent à coups de hache,  la cloison du palier qui leur permettra de secourir les enfants entassés dans l'escalier.  Mais il est déjà trop tard pour beaucoup d'entre eux... Cet escalier  recouvert de petits cadavres est ce que les pompiers appelleront alors, « la trappe de la mort ».

 

Alphéa Arpin, un des premiers pompiers à se rendre sur les lieux,    trouve son fils Gaston, 6 ans, sous un amas de cadavres. La plupart des victimes qui ont succombées à l'asphyxie, semblent dormir... D’autres sauveteurs sont angoissés car ils savent leurs enfants au cinéma.   L'agent Adélard Boisseau est de ceux-là.  Appelé sur les lieux, il aide à dégager les cadavres.  Horreur, il reconnaît un de ses fils.  Plus tard, il devra se rendre à la morgue pour  identifier les corps de ses deux autres enfants. 

 

Un témoin oculaire, Georges Laberge, employé à la maison Dupuis Frères, raconte : « C’était affreux d’entendre les cris et les plaintes de tous ces enfants que nous ne pouvions aider. Beaucoup d’enfants ont sauté de la galerie qui est haute de quatorze pieds environ.  Plusieurs se sont tués dans la chute. »

 

La nouvelle se répand rapidement dans toute la ville.  Quand vient le temps du terrible bilan, on apprend que les victimes auraient pu être sauvées s’il n’y avait pas eu affolement des enfants.

 

 

Funérailles

 

De trente-neuf à cinquante-cinq des victimes sont originaires de la paroisse de la Nativité. Quelques enfants fréquentaient les écoles d’Hochelaga : trois, l’école Stadacona, dont deux jeunes filles âgées de 14 et 15 ans ; six garçons, l’école Saint-Joseph et trois enfants, l’école de la Nativité. (sic) C’est pourquoi, deux jours après l’incendie, leurs funérailles ont lieu en cette paroisse, à quelques pas seulement des lieux de la tragédie.  

 

Mgr Georges Gauthier, archevêque coadjuteur de Montréal  officie en personne.  Il  fait un sermon et parle du mépris des lois et de l'enquête pleine et parfaite qu'on devra faire sur la tragédie...

 

Plus de 50 000 Montréalais se massent le long du parcours où défilent, après la cérémonie religieuse, les petits cercueils blancs, gris ou noirs.

 

Le feu survenant le « Jour du Seigneur », prend allure de scandale.  Le clergé réclame l’interdiction du cinéma aux mineurs, prétextant que ce dernier « ruine la santé des enfants, affaiblit leurs poumons, affole leur imagination, excite leur système nerveux, nuit à leurs études, surexcite les désirs mauvais et conduit à l’immortalité. »  De plus, le clergé demande la fermeture des cinémas le dimanche.

 

 

Enquête

 

La conclusion du juge Louis Boyer, président de la commission royale d’enquête, est que le feu a été allumé par une cigarette ou une allumette, puisqu’il n’y avait aucun fil électrique à proximité du foyer d’incendie. Cependant, la cause principale de la mort de tous ces enfants est le tournant de l’escalier « maudit ».

 

 

C’est dans le tournant de cet escalier que la fillette a trébuché.

 

Il a fallu cette tragédie pour que les dirigeants de la Ville ouvrent  les yeux sur la sécurité de ces vieux théâtres. Par la suite, le Service des Incendies de Montréal émet une série de règles strictes qui obligent la fermeture de plusieurs cinémas ou théâtres, temporairement ou définitivement.  Désormais, les salles de théâtres et de cinémas doivent avoir des portes qui s’ouvrent par pression vers l’extérieur. Elles ne devront  jamais être verrouillées ni obstruées du dehors.

 

Le 22 mars 1928, selon les recommandations du juge Boyer, le gouvernement d’Alexandre Taschereau promulgue une loi interdisant l’accès des théâtres aux jeunes de moins de 16 ans. Cette loi restera en vigueur pendant 40 ans.  Les salles devront posséder des portes paniques qui puissent ouvrir en tout temps de l’intérieur.  La loi redéfinit aussi les dimensions des zones de circulation du théâtre. Le gouvernement Tachereau  refuse cependant d’interdire la présentation de films le dimanche.

 

 

Procès

 

 

Un procès est fait au propriétaire du cinéma, M. Ameen Lawand ainsi qu'à deux de ses employés, Camille Bazzy et Michel  Arie que l'on accuse d'homicide involontaire.  Le procureur de la Couronne leur reproche d'avoir permis au public de monter au balcon alors que les escaliers n'ont pas la largeur prévue par la loi, d'avoir laisser entrer des enfants qui n'étaient pas accompagnés d'adultes et d'avoir laissé se congestionner le balcon. Lawand est condamné à deux ans de prison, les deux autres à un an.

 

Parmi les morts, de nombreux enfants avaient désobéi à leur mère qui leur interdisait le cinéma.  Après avoir prétendu se rendre chez un ami, ils sont allés assister à la projection d’un film.  Certains parents, inquiets de ne pas voir leur enfant rentrer à la maison le soir, se rendent à cette triste évidence.  Leur enfant est parmi les victimes de l’hécatombe du Laurier Palace.

 

 

Lise Jolin

 

Sources

 

http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/413.html

http://genealogie.planete.qc.ca/blog/view/id_2860/title_Le-saviez-vous/ (liste des victimes)

http://grandquebec.com/histoire/tragedie-laurier-palace/

http://www.cinemamuetquebec.ca/content/theme_cap/5?lang=fr

http://www.fse.uqam.ca/milieuxdefavorises/hm/serie_B/12.html

La Patrie

La Presse

Mots-clés: Incendie Montréal Escalier Cinéma Théâtre Victimes



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